SOS Vietnam

STOP à son annexion génocidaire par la Chine Communiste

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La mer méridionale de l’Asie de l’Est en ébullition : Progression de la mainmise de la Chine sur les Paracels et les Spratly aux dépens du Vietnam

Par DANG PHUONG NGHI

Tout d’abord, entendons-nous sur le terme idoine pour désigner cette mer que tous les media occidentaux appellent Mer de Chine alors qu’aucun pays riverain autre que la Chine ne l’appelle ainsi. En ces temps où la Chine veut se l’approprier entièrement aux dépens des autres riverains, surtout la partie Sud au-delà du 18e parallèle qui ne baigne aucune de ses côtes, qualifier de chinoise, fût-ce par un usage acquis, une mer qui abrite les eaux territoriales d’autres pays et fait l’objet de revendications conflictuelles, c’est conforter le délire de puissance prédatrice de la Chine et épouser ses prétentions.

Puisque la Mer concernée borde les pays de l’Asie de l’Est, nous proposons de l’appeler simplement Mer de l’Asie de l’Est (MAE), quitte à préciser Mer septentrionale de l’Asie de l’Est (MsAE) et Mer méridionale de l’Asie de l’Est (MmAE) si on veut se référer à ses parties Nord et Sud.

Jusqu’au début du 20e siècle, avant que l’éventualité de gros gisements d’hydrocarbures sous ses eaux n’excite la convoitise des pays riverains de la Mer de l’Asie de l’Est, la dizaine des nations qui se la partagent n’en faisaient guère un sujet de discorde, et l’autorité du Vietnam sur les deux archipels Paracels (15.000 km2) et Spratly (160.000 km2), administrés par les souverains Nguyễn depuis le 17e siècle n’était contestée par aucun pays, y compris la Chine, dont les gouverneurs frontaliers se faisaient un devoir de reconduire vers le Vietnam les bateaux échoués chez eux à la suite des tempêtes dans les parages des archipels, sous prétexte que tout ce qui s’y rapportait relevait de la Cour de Huế. Il faut dire que ces archipels composés d’îlots, d’atolls et de récifs, pour la plupart immergés, fouettés par le vent, n’intéressaient personne, à part les pêcheurs et les recueilleurs de guano.

La donne changea à partir de 1921, avec les « rêves d’une Grande Chine » des dirigeants de la nouvelle république (en ce qui concerne les archipels, les prétentions de la Chine non communiste/Taïwan et Chine communiste sont semblables), déterminés à asseoir la présence chinoise dans le Sud de la mer orientale, lieu de passage de tous les navires faisant le commerce entre l’Europe et l’Asie : Se basant sur le rapport d’un voyage de reconnaissance au-delà de l’île de Hainan d’une petite flotte de l’amiral Lý Chuẩn (nom phonétisé à la vietnamienne) des Qing en juin 1909 qui faisait état de la découverte d’îles dans le Sud-ouest de Hainan, le gouvernement de la Chine du Sud les déclara îles chinoises sous le nom de Xisha (nom apparu alors pour la première fois), en dépit du fait que ces îles, qui portaient déjà le nom de Hoàng Sa en vietnamien et Paracels en français, étaient déjà sous la juridiction du Vietnam, ou plutôt sous celle du gouvernement général de l’Indochine, le Vietnam étant devenu alors colonie française,  et étaient habitées par des pêcheurs vietnamiens que la patrouille de pré-reconnaissance commandée par Ngô Kính Vinh (nom phonétisé à la vietnamienne) s’était permis de faire prisonniers puis d’emmener à Hainan avec leurs familles pour que l’amiral pût dire que c’étaient des îles désertes ; les Chinois rattachèrent ces îles au district Châu Nhai (nom phonétisé à la vietnamienne) de l’île Hainan, alors qu’au Vietnam elles dépendaient depuis le 17e siècle du district de la province Quảng Nam avant de l’être de celle de Thừa Thiên puis de nouveau de celle de Quảng Nam (les Spratly étant longtemps incorporés aux Paracels avant d’être gérés séparément par la province de Bà Rịa en 1933, puis celle de Phước Tuy en 1956) . La manoeuvre du gouvernement de Canton, non reconnu par la communauté internationale, ne fut pas prise au sérieux par la France coloniale ; mais en 1935 la république chinoise revendiqua officiellement la propriété sur toutes les îles de la mer méridionale de l’Asie de l’Est, et pour renforcer ses dires fit ériger subrepticement 12 stèles antidatées jusqu’en 1908 sur 4 îles des Paracels !

Pendant la 2e guerre mondiale, en 1939, le Japon s’empara des Paracels qu’il occupa jusqu’en 1946. Cette année-là, profitant de la mission de désarmement des Japonais qui lui était confiée par les Alliés selon les accords de Postdam, la république chinoise se saisit de la plus grande île des Paracels (Phú Lâm, île Boisée, 2,6km2) puis au début de 1947 de la plus grande île des Spratly (Ba Bình, Itu-Aba, 46ha), la seule de cet archipel à posséder de l’eau potable, mais suite à son expulsion du continent pour Formose, elle dut se retirer de ces îles en 1950. Lors de la Conférence de San Francisco en 1951 par le traité duquel le Japon restituait les deux archipels au gouvernement vietnamien et où les revendications chinoises sur eux furent rejetées à l’unanimité moins trois, Trần Văn Hữu, le premier ministre du roi Bảo Đại, put déclarer la souveraineté du Vietnam sur les deux archipels sans aucune protestation de la part des 50 autres pays participants à la conférence, dont les deux Chines étaient, il faut le dire, exclues.

En 1948, avant de plier bagage pour l’île de Formose, Tchang Kai Chek (Jiang JieShi) fit imprimer une carte de la Chine avec pour frontière maritime une ligne fantaisiste en forme de U appelée langue de buffle obtenue en joignant 11 traits censés délimiter les eaux territoriales de la Chine et attribuant ainsi à la Chine 70% de la superficie de la mer méridionale de l’Asie de l’Est, au détriment des autres riverains. Cette carte passa inaperçue, mais en 1953, Pékin la fit réimprimer avec des modifications sur le nombre de traits, réduits à 9, situés cependant de telle sorte que la portion de mer que les Chinois s’attribuent comprend maintenant 80% de la superficie totale (3,5 millions de km2). A usage interne, la ligne U n’était guère invoquée jusqu’en 1998 dans les diverses déclarations de la Chine sur ses zones maritimes ; cependant cette carte est une bombe à retardement car, introduite dans l’enseignement, elle inculque depuis dans l’esprit de tous les Chinois la conviction que les archipels et la mer qui les entoure appartiennent de plein droit à la Chine et exacerbe un nationalisme aisément manipulé.

En 1956, profitant de l’évacuation des troupes françaises et des balbutiements du nouveau gouvernement du Sud- Vietnam auquel était dévolue l’administration des archipels selon le traité de Genève, les deux Chines s’emparèrent, Taipei de la plus grande île des Spratly (Ba Bình, Itu Aba, Taiping) ainsi que d’un banc attenant, et Pékin de la partie Est des Paracels (comprenant la grande île Boisée, Phú Lâm, Yongxing) qu’elles détiennent depuis. Le gouvernement sud-vietnamien ne put que protester et surtout renforcer la garde sur les îles restantes. En 1959, Pékin envoya 82 soldats déguisés en pêcheurs sur 5 bateaux armés pour s’attaquer aux îles de l’Ouest des Paracels, mais ils furent démasqués par les soldats sud-vietnamiens et faits prisonniers avant d’être renvoyés en Chine.

Le retrait des troupes américaines après le traité de Paris (1973) et les empêtrements de l’armée sud-vietnamienne désormais seule dans la guerre contre Hanoï et ses alliés sino-russes furent l’occasion pour Pékin d’envoyer le 14/1/1974 deux navires de guerre aux Paracels pour s’emparer des îles de l’Ouest encore sous administration vietnamienne ; les quatre destroyers sud-vietnamiens dépêchés à la rescousse n’en purent venir à bout pendant la bataille navale qui s’ensuivit (17-20/1/1974), quoique qu’ils fussent plus nombreux, parce que le personnel technique des destroyers récemment remis au Sud-Vietnam par les Etats-Unis n’avait pas encore reçu de formation sérieuse et que les Américains en avaient enlevé les équipements sophistiqués. Les Vietnamiens durent battre en retraite après avoir perdu 75 marins contre 21 du côté chinois, laissant les Chinois maîtres désormais de tout l’archipel des Paracels. Le plus révoltant, c’est que la 7e flotte américaine qui patrouillait au large de la Mer de l’Asie de l’Est, refusait de prêter mainforte à la marine sud-vietnamienne sur ordre même de Washington, censée pourtant être alliée de Saïgon, et ce malgré la promesse de Nixon d’intervenir au cas où le Sud-Vietnam était attaqué. Pire encore, Washington fit pression sur le président Nguyễn Văn Thiệu pour qu’il ne fît pas décoller les 5 avions déjà appareillés pour aller repousser les Chinois des îles. La raison était que les Etats-Unis venaient de renouer des relations avec la Chine et avaient en quelque sorte « vendu » les Paracels à ce nouveau partenaire.

Dans les années 1970, la faiblesse du Sud-Vietnam aux prises avec une guerre meurtrière éveilla chez les autres riverains le désir de s’emparer au moins d’une partie des Spratly dont les richesses en hydrocarbures et poissons étaient devenues notoires. En 1977, le président Ferdinand Marcos, sous le prétexte qu’un citoyen philippin, Tomas Cloma avait pris possession en 1947 de plusieurs îlots des Spratly désertés par les Japonais pour y installer un Freedomland (Kelayaan) avant d’en être chassé en 1956 par les Taïwanais venus réoccuper Itu-Aba, revendiqua la souveraineté des Philippines sur les îlots et récifs estimés faire partie de Kelayaan et ceux situés à proximité de ses eaux territoriales. En fait dès 1968, les Philippins étaient déjà allés occuper les îlots et rochers sans garnison. Comme ils étaient des alliés du Sud-Vietnam dans la guerre, le gouvernement sud-vietnamien laissa faire sans protester mais à la fin de la guerre réussit à leur reprendre un îlot. Et depuis les Philippines contrôlent 7 îlots (sur 14 au total) dont le 2e plus grand de l’archipel (Thitu island, Thj Tứ) et 3 récifs, laissant au Vietnam 6 îlots, dont celui de Spratly qui donne son nom à tout l’archipel, et 21 récifs.

En 1979 ce fut au tour de la Malaisie de proclamer sa souveraineté sur tous les récifs relevant, selon elle, de son plateau continental, et à partir de 1983 elle y envoya des garnisons pour les occuper et les défendre. Parmi les cinq récifs et bancs occupés par la Malaisie deux sont revendiqués par les Philippines et un par Brunei. Cependant Brunei, qui n’a pas de marine, s’est jusqu’ici contenté d’affirmer son droit sans se laisser aller à la violence militaire.

L’appétit des autres riverains raviva celui de la Chine qui se mit dans la partie et à bien plus grande échelle. Vers la fin de la guerre sino-vietnamienne, saisissant le revirement défaitiste des dirigeants de Hanoï, la Chine décida de s’emparer des Spratly. En 1987-88, après avoir pris possession de plusieurs récifs (đá Chữ Thập/Fiery Cross, đá Châu Viên/London Reef, đá Gaven, đá Tư Nghĩa/Hugh Reef) vietnamiens laissés à l’abandon, trois frégates chinoises se dirigeaient vers celui de Gạc Ma (Johnson South Reef ) quand, au moment où elles allaient y débarquer, elles virent arriver une centaine de Vietnamiens sur trois bateaux de transport venus construire une borne et planter un drapeau ; selon la version officielle, une bataille en découla (le 14/3/1988) à la suite de laquelle 64 Vietnamiens furent tués et 9 faits prisonniers par les Chinois qui eurent 6 morts et 18 blessés ; incapables de résister aux feux de l’ennemi, les Vietnamiens durent s’enfuir et laisser les Chinois s’emparer des récifs. La réalité dévoilée en mars 2015 par le général Lê Mã Lương, directeur du musée d’histoire militaire vietnamien, fut plus tragique et révoltante (cf. https://www.rfa.org/vietnamese/in_depth/who-ord-no-fir-in-garma-03122015052720 ) : Le ministre de la défense Lê Đức Anh, acquis avec d’autres dirigeants à l’idée d’une capitulation générale devant la Chine, avait empêché l’armement des bateaux et interdit la distribution des fusils aux marins, et avait donc envoyé délibérément la centaine de soldats à la mort sous les canons chinois, histoire de faire croire à l’opinion que la cession des récifs à la Chine n’était pas décidée à l’avance mais due à une défaite militaire. A noter dans cette affaire de Gạc Ma la collusion de Taïwan avec la République populaire de Chine : les frégates chinoises étaient ravitaillées par les soldats taïwanais d’Itu-Aba (comme elles le seront plus tard en 1995 lors de l’attaque du  récif Mischief des Philippins) ; leur solidarité dans la conquête des archipels se confirme d’ailleurs dans une déclaration du ministre de la défense taïwanaise de l’époque Cheng Wei-Yuan : « Si la guerre éclate, l’armée nationale (de Taïwan) assistera l’armée populaire dans son combat » (cf. https://vi.wikipedia.org/wiki/H%E1%BA%A3i_chi%E1%BA%BFn_G%E1%BA%A1c_Ma-C%C3%B4_Lin-Len_%C4%90ao_(14-3-1988 ).   

A partir du traité de Chengdu en 1990, la Chine se sent stimulée à accélérer sa mainmise sur la mer de l’Asie de l’Est, sûre désormais de la soumission tacite du Vietnam, son principal opposant : Loin de protester violemment contre les empiètements de plus en plus poussés de la Chine dans ses possessions, jusque dans sa zone économique exclusive (ZEE) puis ses eaux territoriales comme définies par la convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) de 1982 — selon ladite convention, un Etat côtier est souverain sur le sol, le sous-sol et l’espace aérien de ses eaux territoriales jusqu’à 12 milles marins ou environ 20 km, et au-delà jusqu’à 200 milles ou environ 370 km il a droit de pêche, de construction et d’exploitation du sol et du sous-sol mais ne peut s’opposer à la libre circulation sur les eaux et au-dessus –au nom de la préservation de la paix avec le puissant « ami » du Nord, Hanoï met en prison tout citoyen osant manifester haut et fort son hostilité à la Chine. Pékin commença d’abord par faire entériner en 1992 par son parlement la souveraineté historique de la Chine sur la Mer méridionale de l’Asie de l’Est puis ordonna à ses historiens de chercher dans les archives chinoises des « preuves » à l’appui. Taïpei lui emboîta le pas en 1995 pour élever la même revendication sur toute la mer comprise dans la ligne U mais, à la différence de la Chine, l’a suspendue en 2015 sauf en ce qui concerne l’île Taiping (Itu-Aba) et les Pratas déjà entre ses mains.

Puis, muni de preuves historiques bidons qui parlent surtout de découvertes des îles lors de voyages d’exploration, Pékin les présenta à l’ONU en 2009 avec la carte de ses eaux territoriales délimitées par une ligne aux 9 traits ou en forme de langue de buffle pour revendiquer des droits souverains sur 80% de la Mer de l’Asie de l’Est, ligne sur laquelle en 2014 elle ajouta un dixième trait pour englober cette fois 90% de la Mer. Mais ses preuves n’ont aucune force convaincante, d’autant plus que la CNUDM ne considère les droits historiques qu’en cas de continuité d’occupation pacifique. D’ailleurs dans toutes les cartes de la Chine, depuis les plus anciennes jusqu’en 1933, le territoire chinois s’arrête à l’île d’Hainan, son point le plus extrême dans le Sud, et la Mer méridionale de l’Asie de l’Est tout comme les archipels qui s’y trouvent lui étaient étrangers. Et en juin 2012, sans tenir compte de l’opinion internationale, Pékin donna aux archipels et la mer environnante en U le statut administratif d’une ville appelée Sansha (c’est-à-dire les trois archipels : les Paracels, les Spratly et le banc Macclesfield / Xisha, Nansha et Zhongsha) avec l’île Boisée (Yongxing) comme siège municipal. Cette provocation en plus des attaques contre les pêcheurs vietnamiens déclencha chez les Vietnamiens des manifestations régulières, pour une fois permises car téléguidées par la faction du pouvoir hostile à la sujétion à la Chine. En fait cette création des Sansha était déjà décidée en 11/2007 mais non proclamée officiellement et avait soulevé de nombreuses protestations et manifestations des Vietnamiens de l’étranger autant que dans le pays.

Nonobstant les protestations unanimes contre ses prétentions, la Chine consolide les étendues conquises et y déploie sa nouvelle puissance militaire mettant chaque jour un peu plus devant le fait accompli le monde tétanisé autant par ses menaces que par ses chantages financiers. Dès 1990 elle commença à construire une piste d’aviation sur l’île Boisée (Paracels) et de fil en aiguille y bâtit une véritable base militaire avec port, aéroport et hangar pour missiles sol-air. En 2013, ce fut le tour des Spratly d’être poldérisés puis militarisés, à une échelle encore plus importante ; sur les 9 récifs qu’elle occupe, la Chine fit élever des îles artificielles qui forment un ensemble de 13,5 km2 avec ports, aéroports, etc. (alors que la surface totale des 14 îlots naturels de tout l’archipel ne mesure que 2 km2) au prix d’une immense destruction écologique : près de 5 millions de m3 de sable et coraux pompés, déplacés et détruits, 15 km2 de récifs coralliens extrêmement précieux par la diversité des espèces qui s’y nichent à jamais disparus, sans compter 104 km2 de coraux dévastés par les chalutiers chinois avec leur raclage des fonds à la recherche de grosses palourdes dont leur peuple est friand (cf. https://www.rfa.org/vietnamese/news/southchinaseadispute/china-s-activities-in-the-scs-take-up-huge-toll-on-the-marine-environment-vh-11022016103953.html ).

Le premier but affiché de la mainmise sur les Spratly est l’appropriation de ses réserves de pétrole (estimées seulement à 1,5 milliards de tonnes par les Américains, mais jusqu’à 50 milliards de tonnes récupérables par les Chinois). Le problème pour les Chinois est que 90% du pétrole se trouve dans les marges continentales des pays riverains : une partie dans ses eaux de Hainan et Guangdong certes, mais surtout dans le golfe du Tonkin, les plateaux continentaux du Vietnam et de la Sonde, au nord-ouest de Bornéo. Comme ces deux derniers et plus gros gisements appartiennent à des pays relativement prospères (Indonésie, Malaisie, Brunei) pour mettre la main sur plus de pétrole en Mer de l’Asie de l’Est, la Chine n’a d’autre choix que piller le Vietnam « soumis » dont les réserves en hydrocarbures sont à la 3e place de l’Asie-Pacifique. Dès 1992 la Chinese national offshore oil company (CNOOC) signa un accord de prospection pétrolière dans le banc de Tư Chính/Vanguard Bank situé dans la ZEE vietnamienne avec la compagnie Creston Energy et les Chinois poussèrent le bouchon plus loin en empêchant PetroVietnam et Conoco Philipps de prospecter dans les eaux vietnamiennes à côté de Tư Chính (1994) – incidents qui amenèrent le Vietnam à rejoindre l’ASEAN en 1995 -, puis ne cessèrent de causer des obstacles à d’autres projets de prospection ou simplement de recherche scientifique de PetroVietnam avec d’autres compagnies étrangères (comme en 2007 avec British Petroleum, en 2008 avec Exxon Mobil, en 2011 avec Veritas, plus récemment en 2017 avec Repsol). Devant ces prospections illégales de pétrole chinoises dans la ZEE vietnamienne et les menées agressives des navires militaires chinois, que fait alors Hanoï ? Elle se tait ou déclare son inquiétude et au mieux envoie quelques vaisseaux faire un tour près des lieux d’incident sans leur permettre d’agir !

En mai 2014, l’arrivée de la plate-forme de forage et d’extraction chinoise HYSY 981 à 120 milles marins des côtes vietnamiennes et à 30 milles des Paracels, accompagnée de 80 navires dont 7 bâtiments de guerre, suscita une vive indignation dans la population vietnamienne, dont les manifestations contre la Chine se continuaient sporadiquement depuis une année, et donna lieu à des émeutes anti-chinoises (attaques d’usines, agressions de Chinois). Par peur de l’ire de Pékin et à son instigation, les dirigeants de Hanoi se tournèrent alors contre la faction « progressiste » et se livrèrent à une répression implacable des manifestants, muselant ainsi pour plusieurs années l’opposition. D’autre part, devant les réactions négatives de l’opinion internationale, les Chinois retirèrent leur plate-forme en juillet de la même année, mais c’est pour la faire revenir quelques mois après, en 1/2015, avec une escorte menaçante de navires militaires ; et sûrs de leur impunité, ils continuent de forer et d’extraire dans les gisements vietnamiens du golfe du Tonkin, envoyant même d’autres plates-formes prêter main forte à la HYSY 981 (la HYSY 943 en 2016). A partir de 2017, c’est au tour des réserves dans les Spratly d’être mises à sac avec la plate-forme HYSY 270 qui vint en juillet, accompagnée de 40 bâtiments militaires et 40 bateaux de pêche armés narguer le Vietnam à 210 km de ses côtes, autour de la Vanguard Bank (bãi Tư Chính) où  PetroVietnam s’exerçait au forage pour l’exploitation du gisement du Poisson empereur rouge (Cá rồng đỏ) avec la Repsol espagnole ; les Chinois se montrèrent tellement agressifs que le Vietnam dut arrêter son projet de partenariat avec Repsol et laisser le champ libre aux envahisseurs, toujours selon la politique capitularde de Hanoï qui ne permit pas à sa marine de réagir. Pour ne pas avoir à payer des indemnités à Repsol qui a déjà déboursé 200 millions USD pour le projet, PetroVietnam a voulu le relancer ce mois de mars 2018 mais a dû encore une fois le stopper (le 23) devant des menaces très violentes de la Chine, déterminée à s’emparer de tout le pétrole et le gaz situé dans la ZEE vietnamienne (cf.https://www.compuserve.com/entertainment/story/0002/20180323/KBN1GZ0JN_1 ).

Poissons et crustacés, une autre richesse des Spratly, constituent un autre objet de la cupidité chinoise. Comme dans la région de la mer de l’Asie de l’Est 15 millions de personnes vivent de la pêche dont les produits représentent 38% de la pêche mondiale (chiffre de la FAO de 2012), les prétentions de souveraineté de la Chine sur 90% de cette mer ne peuvent que générer de nombreux conflits avec les autres riverains. D’autant plus que, comme pour le pétrole, 90% des stocks de poissons se situent à moins de 200 milles marins des côtes, c’est-à-dire dans leurs eaux et ZEE. Or, en tant que souveraine auto-proclamée de la mer de l’Asie de l’Est, la Chine impose unilatéralement depuis 1999 un moratoire annuel de la pêche à tous les pêcheurs même étrangers, et en 2014 oblige tout chalutier étranger à demander sa permission pour y pêcher : les contrevenants s’exposent à des amendes (près de 8000 USD), des confiscations de matériels, allant jusqu’à la destruction du bateau et les violences physiques. Pour appliquer ses mesures arbitraires, elle peut compter sur ses milliers de chalutiers armés (23.000 envoyés en mer méridionale de l’Asie de l’Est en 8/2012 ; 18.000 après le 16/8/2017 à la fin d’une interdiction générale de 108 jours), une véritable troupe de choc agissant en avant-garde de sa marine toujours présente dans les environs, prête à chercher noise aux autres pêcheurs de la région et à les chasser de leur mer « personnelle ».  

Vis-à-vis du Vietnam, après en avoir obtenu en 2000 la cession de 9% de ses eaux territoriales dans le golfe du Tonkin par un traité sur les frontières maritimes plus avantageux pour la Chine (qui détient maintenant 47 % du golfe au lieu de 38% auparavant), Pékin lui a forcé la main pour une « coopération » halieutique dans une zone commune qui mord encore dans 13,5% des eaux vietnamiennes, ce qui diminue d’autant le stock de poissons pour les Vietnamiens ; de plus, forts de cet accord, les Chinois ne se gênent pas pour venir concurrencer les petits et moyens bateaux de pêche vietnamiens avec leurs gros chalutiers et même leurs énormes bateaux-usines qui dépassent souvent la limite de la zone commune pour pêcher près de la côte vietnamienne (7781 violations du traité de « coopération » par les bateaux de pêche chinois et 1800 par d’autres genres de navires chinois en 10 ans, selon le rapport du Ministère de l’Agriculture et de développement rural de 2014) ; avec pour conséquence l’épuisement des stocks déjà régulièrement en baisse à cause de la surpêche généralisée. A cela s’ajoute l’empoisonnement des eaux du littoral par les usines chinoises implantées le long de la côte vietnamienne depuis 2016. Pour trouver des poissons les pêcheurs vietnamiens sont obligés de s’éloigner dans la ZEE nationale du côté des Paracels et Spratly et y sont harcelés, attaqués, coulés et tués par des commandos de chalutiers armés et de navires militaires chinois. On ne compte pas les exactions chinoises sur ces pauvres pêcheurs auxquels les Chinois refusent même le refuge sur une île des Paracels en cas de grosse tempête comme l’exige le droit de la mer (cf. https://www.voatiengviet.com/a/3465438.html ).

Avec les Malaisiens et les Indonésiens, plus prospères, la Chine observe une certaine prudence et les pêcheurs chinois s’aventurent moins souvent dans leurs eaux ; si la Malaisie qui attend beaucoup des investissements chinois fait encore le gros dos devant leurs incursions, depuis 2016 l’Indonésie montre les dents et se tient prête à les arrêter. Restent les Philippines sans moyen militaire contre lesquelles la Chine multiplie les provocations. En 2012, elle envoya une véritable armada s’emparer du récif de Scarborough occupé par les Philippins auxquels elle en interdit désormais l’accès. Or les eaux autour de ce récif, très riches en poissons de grande qualité, fournissaient aux Philippins une bonne partie de leur alimentation ; que les Chinois fassent des Spratly leur chasse gardée, « c’est une formule pour la famine ; plus qu’une question de sécurité nationale, elle engage la sécurité alimentaire » (sénateur Rudolph Recto). Comparant cette annexion du récif de Scarborough à celle de la Tchécoslovaquie par Hitler, le président Benigno Aquino III porta en 2013 l’affaire devant la Cour internationale de justice de La Haye (Cour permanente d’arbitrage, CPA) laquelle rendit son verdict le 12/7/2016, donnant raison à Manille : « Il n’y a aucun fondement juridique pour que la Chine revendique ses droits historiques sur des ressources dans les zones maritimes à l’intérieur de la ligne en 9 traits ». En même temps, la Cour dénie aux îlots, récifs et îles artificielles compris dans les Paracels et Spratly le statut d’île c’est-à-dire la possibilité d’avoir droit à une ZEE, ce qui constitue aussi un désaveu des prétentions de Taïwan sur Taiping/Itu-Aba. Pas étonnant donc que non seulement Pékin mais également Taïpei déclarèrent ne pas reconnaître l’autorité de la CPA dont le jugement « sera une feuille de papier bonne à jeter », dixit une agence de presse taïwanaise.

Logiquement le verdict de la CPA devrait pousser les autres pays côtiers à intenter le même procès à la Chine et à se servir de la sentence en principe favorable comme arme dans leurs démêlés avec elle ; ou tout au moins ces pays de l’ASEAN devraient s’y appuyer pour former un front uni contre la Chine qui les brime. Mais les chantages et promesses financières de Pékin dans les négociations bilatérales avec chacun d’eux brise toute solidarité entre eux, le premier à se désolidariser étant les Philippines dont le nouveau président Rodrigo Duterte s’est mis volontiers sous la bannière chinoise contre « coopération » halieutique et arrangements pécuniers. Quant au Vietnam qui a le plus gros contentieux avec la Chine, ses dirigeants trop inféodés à Pékin n’osent guère faire appel à la CPA malgré l’opinion publique qui l’y presse.

Dès le lendemain de la sentence, la Chine furieuse, par défi, menaça d’instituer sur la mer méridionale de l’Asie de l’Est une zone d’identification aérienne (Air defense identification zone, ADIZ) comme elle l’a déjà fait dans la mer septentrionale en 2013 à la grande colère du Japon dont les îles Senkaku (Diaoyu, revendiquées par la Chine) relèvent de cette zone. Elle poussa même la provocation en organisant quelques jours après (18/7/2016) des exercices militaires au nord des Paracels. Le recours à l’ADIZ tout comme les démonstrations de force révèlent que l’objectif réel poursuivi par Pékin en faisant main basse sur les archipels (Paracels et Spratly) et la mer de l’Asie de l’Est environnante est surtout militaire : se rendre maître d’un territoire hautement stratégique, lieu de transit du transport maritime reliant l’Europe à l’Extrême-Orient en passant par le Moyen-Orient, représentant 40% du fret maritime mondial d’un montant de 5000 milliards de dollars par an, et surtout par où passent ¾ des importations d’hydrocarbures de la Chine, juste en amont du détroit de Malacca, passage obligé du trafic international. Déjà pourvue de plusieurs bases navales dans des îles côtières de la baie du Bengale et de la mer d’Andaman cédées par le Myanmar (Birmanie) en 1992 et 1994, en aval du détroit, avec aussi des bases dans les Spratly, la Chine contrôlera militairement le détroit qu’elle aura la possibilité de bloquer à sa guise pour nuire à l’économie de tel ou tel pays ennemi.

La mainmise sur l’ensemble de la mer de l’Asie de l’Est avec les archipels qu’elle abrite pour en faire sa « mare nostrum » est donc d’une nécessité vitale pour la Chine impérialiste qui renforce chaque jour sa présence militaire dans la région, dotant les îles artificielles d’équipements militaires les plus modernes : missiles sol-air HQ9, radars, tours de contrôle, etc., sans compter des logements pour soldats au nombre d’environ 10.000, et bientôt des usines nucléaires flottantes (des réacteurs à neutrons rapides portatifs, capables de tenir dans un container de 6,1 x 2,6 m, pouvant fournir de l’électricité pour 100.000 habitants, fort inquiétants pour les pays voisins à cause du risque de catastrophe meurtrière, la technologie pour ce genre de centrale restant peu sûre !), et déployant ses flottilles de chalutiers armés sous la protection d’hélicoptères, d’avions porte-missiles, de navires de guerre accompagnés parfois du porte-avions Liaoning et surtout de sous-marins. Or, ces derniers avec les missiles jouent un rôle clé dans la course à la suprématie maritime voire mondiale avec les Etats-Unis, et la mer méridionale de l’Asie de l’Est de ce point de vue offrirait aux sous-marins chinois un immense abri (3 millions de km2) indétectable et inattaquable relié directement à leur base de Longpo, Yulin (Hainan). En effet, sous les Spratly, à 3000 m de profondeur en moyenne, des corridors sinueux suivant deux axes est-ouest et nord-sud permettent aux sous-marins de se cacher ou de se déplacer à l’insu de tous les appareils espions. La crainte exprimée au ministère philippin de la défense en 1982 : « Si une nation hostile peut cartographier cette région avec un degré tel qu’elle peut faire naviguer un sous-marin porteur de missiles balistiques, cette nation peut stationner des sous-marins de type Polaris et pourrait être capable de contrôler ou menacer une région dans un rayon de 4000 km contenant un tiers de la population mondiale dont l’ensemble de l’ASEAN. La bathymétrie de la région est telle qu’il n’est pas possible de détecter un sous-marin, donc il est impossible de contre-attaquer » (cf. https://asialyst.com/fr/2016/10/20/mer-de-chine-du-sud-le-secret-des-routes-sous-marines /) est en passe de se concrétiser. Depuis juillet 2017 des robots sous-marins chinois explorent la mer méridionale de l’Asie de l’Est dans le but d’y collecter des images et mesurer des paramètres chimiques et physiques, cependant que 12 planeurs sous-marins y sont déployés pour récolter des données sur le milieu marin (température, salinité, turbidité, etc.) ; et les sous-marins chinois de classe Jin 094 sont capables de lancer le missile balistique Julang II dont la portée est de 8000km !

Imperturbable devant la réprobation internationale, la Chine se conduit en mer de l’Asie de l’Est comme chez elle, exerçant sa souveraineté auto-proclamée, et considérant les eaux entourant ses récifs, atolls et îles artificielles comme ses eaux territoriales. Grâce à ses installations portuaires et aéroportuaires, ses sous-marins et ses missiles, elle est capable d’y instaurer un déni d’accès et d’interdiction de zone (Anti Access / Area Denial ou A2/AD). Patrouilleurs et garde-côtes chinois omniprésents surveillent tous les bateaux étrangers et les empêchent de s’approcher des archipels dans la limite des 12 milles, bien que le droit de la mer autorise le passage inoffensif de tous les navires étrangers, navires militaires compris. Dans l’espace aérien au-dessus de ces eaux, ses chasseurs menacent et éconduisent les avions étrangers, en particuliers militaires. Avec le Vietnam, elle ne se gêne absolument pas, et agit d’ores et déjà comme avec un pays conquis : du 29/8 au 4/9/2017 elle a procédé à des manœuvres militaires avec des tirs à balles réelles dans la ZEE vietnamienne du golfe du Tonkin à seulement 75 milles de la ville de Đà Nẵng, interdisant aux bateaux vietnamiens de s’approcher de la zone ! D’ailleurs même en jours ordinaires, les bateaux vietnamiens naviguant dans leurs propres eaux se font régulièrement harceler, rançonner et arraisonner pour avoir « violé » la ligne U imaginaire. Et dans les airs surplombant « leur territoire », si les Chinois se contentent de chasser et d’accompagner les avions d’autres pays, avec les Vietnamiens ils tirent sans sommation, comme ce fut le cas de deux appareils Sukhoi de l’armée de l’air vietnamienne abattus le 14/6/2016 par des missiles chinois tirés d’un des sous-marins stationnés sous les eaux de l’île Boisée alors qu’ils faisaient un vol d’exercice à 32 milles de la côte et donc au-dessus de la ZEE vietnamienne – un acte de guerre criminel qui ne souleva aucune protestation des lâches dirigeants de Hanoï et qui serait même caché à la population si l’un des pilotes n’était pas secouru par des pêcheurs — ; et depuis, par peur des tirs sans sommation, les avions de ligne Hanoï-Saïgon joignent prudemment leur destination par un détour au-dessus du Laos plutôt que par le littoral !

Face à l’ambition agressive de la Chine dont le budget militaire augmente de 132% en 10 ans (191 milliards USD en 2016, selon France-info), ses voisins asiatiques (Japon, Corée du Sud, Taïwan, Indonésie, Malaisie et Vietnam) sont poussés à la course aux armements tout en poursuivant des relations économiques avec elle. Même l’Australie située loin de la mer de l’Asie de l’Est et jusqu’ici plutôt complaisante à l’égard de Pékin, s’inquiète de la voir menacer la paix dans la région et vient de commander 12 sous-marins à la France dans le cadre d’un programme de renouvellement de son attirail militaire. En ne s’opposant pas fermement dès le début aux prétentions sans fondement de Pékin, le monde se retrouve avec une puissance sans retenue qui s’approprie brutalement des richesses des autres et qui, pour arriver à ses fins, se livre au chantage à l’épreuve de force ainsi qu’à la ruse des investissements et prêts « fabuleux » contre une coopération asymétrique qui s’avéreront préjudiciables au bénéficiaire. Devant le hold-up de la mer de l’Asie de l’Est et le danger potentiel qu’il renferme, les Etats libres commencent à réaliser que les mots paix et pacifique constamment dans la bouche des dirigeants de Pékin doivent se comprendre dans leur sens contraire comme dans l’Océanie de « 1984 ». Pour faire comprendre à ses lecteurs la gravité du problème, un auteur, Antoine Brunet, (cf. http://www.atlantico.fr/decryptage/asie-se-livre-plus-grande-course-aux-armements-de ) compare la situation à celle d’une Turquie revendiquant la pleine souveraineté sur la  mer Méditerranée où plus aucun riverain n’aurait accès sans sa permission. En fait cette visée hégémonique a eu lieu, au XVIe siècle, mais fut enrayée par une coalition menée par l’Autriche qui défit les Turcs à Lépante (1570).

Une telle coalition contre l’hégémonie chinoise est-elle possible aujourd’hui ? On en doute, vu la force d’attraction du portefeuille agité par Pékin à laquelle cèdent volontiers la plupart des pays, surtout corrompus, en mal de capitaux ou avides de contrats ; et tant que l’opinion générale n’est pas édifiée sur la nature mensongère, cynique et cruelle de la dictature communiste chinoise. Or, il ne manque pas de gauchistes nourris contre l’impérialisme américain pour saluer la montée de l’impérialisme chinois, censé être juste et généreux (qu’ils se renseignent sur le génocide au Tibet et contre les Vietnamiens en cours !). Les Etats-Unis eux-mêmes, seule puissance capable de contrecarrer la Chine et que cette dernière veut évincer de l’Asie, ne se sont inquiétés que lorsque les Chinois se sont mis à remblayer les récifs et à élever leur « grande muraille de sable ». Leur appel à l’arrêt de cette poldérisation restant sans effet, et ne pouvant pulvériser les constructions chinoises sans risquer une guerre destructrice, ils n’ont d’autre solution que celle de prôner le maintien de la liberté de navigation dans les parages des archipels, car selon le droit de la mer seules les eaux intérieures permettent d’interdire le passage des navires étrangers. Pour ce, ils ont décidé depuis 2015 des opérations de liberté de navigation FONOP (freedom of navigation operation) qui consiste à envoyer plusieurs fois par an des navires et avions dans les archipels y compris à moins des 12 milles marins des îles revendiquées par la Chine. Chaque opération suscite des protestations de Pékin qui se contente cependant de faire escorter le vaisseau ou l’avion « violateur » par ses patrouilleurs, sauf en décembre 2016 quand le navire océanographique USNS Bowditch se fit dérober un drone, mais cette subtilisation tout comme celle d’un sonar de l’USNS Impeccable en 2009 entre plutôt dans le cadre du vol des nouveautés technologiques pour les copier, pratiqué systématiquement par les Chinois. Attaché aussi à la liberté de navigation, le Canada décide de participer au FONOP avec deux frégates dans les eaux contestées en juillet 2017, et la Grande-Bretagne promet de faire de même prochainement. Quant à la France, sans adhérer au FONOP, elle fait transiter depuis 2014 une dizaine de navires dans les mêmes zones comme en octobre 2017 avec la frégate Auvergne, car comme le déclare l’amiral Denis Bertrand, « si la liberté de navigation est bafouée en mer de Chine, elle le sera partout » (cf. Le Monde du 30/10/2017).

Ces opérations symboliques qui irritent Pékin ne l’empêchent pas de poursuivre la consolidation de son immense forteresse marine d’où il pourra contrôler le commerce international et menacer tous les Etats qui s’opposent à son hégémonie, une hégémonie féroce, irrespectueuse du droit international et insoucieuse de la vie d’autrui, auprès de laquelle l’impérialisme américain fait figure de domination bon enfant. De facto la Chine règne déjà sur la mer de l’Asie de l’Est et en est inexpugnable ; mais pour que son autorité soit admise internationalement, elle doit l’être de jure. Bien qu’elle n’ait que faire de la loi et s’assoie ainsi sur le verdict de la CPA, elle a besoin de la loi pour justifier son annexion. C’est pourquoi mijote-t-elle la création d’un autre tribunal international à sa botte (cf. http://www.epochtimes.fr/chine-envisage-de-creer-propres-tribunaux-internationaux-revendications- ) qui légalisera ses actions, tout en sachant que les jugements de ce dernier n’auront pas plus de valeur que ses pseudo-documents historiques. En fin de compte c’est encore par le Vietnam, le seul pays dont le droit sur les archipels a été longtemps reconnu, qu’elle pourra obtenir, suite à un transfert officiel de souveraineté, une certaine légitimité. Heureusement, jusqu’ici, malgré sa soumission tacite, par peur de la réprobation unanime comme de la révolte de ses ressortissants, le pouvoir de Hanoi refuse de déclarer publiquement sa reddition à la Chine. Si le monde libre tient à rester libre, il a intérêt à profiter de cette réticence, qui ne durera pas, pour aider le peuple vietnamien à secouer le joug communiste et donc la dépendance envers Pékin, contre lequel le Vietnam libre constituera un solide rempart.   

 

 

 

Oppression religieuse au Vietnam

http://images.kienthuc.net.vn/zoom/1000/uploaded/luuthoa/2017_10_30/1/ngam-net-dep-co-kinh-cua-chua-lien-tri-hinh-2.jpgPagode Liên Trì avant sa destruction par les autorités

https://i.ytimg.com/vi/wy_9y41kYFk/maxresdefault.jpgCe qui reste de la pagode après l’intervention des autorités

A partir du début de cette année (1/1/ 2018)  entre en vigueur au Vietnam une loi sur les croyances et les religions élaborée à l’époque des pires craintes du régime devant les grandes manifestations des catholiques du Centre-Vietnam victimes de la catastrophe Formosa. Quoique votée depuis plus d’un an (le 18/11/2016), le pouvoir a préféré attendre que l’attention des media internationaux sur le Vietnam suscitée par l’APEC s’estompe et aussi que l’ardeur protestataire des victimes de Formosa s’essouffle, pour la mettre en application.

Le but de cette loi inédite (dans quel autre pays existe-t-il une loi spéciale sur les croyances et les religions ?) est, bien sûr, de contrôler tout système de pensées poussant les êtres humains à se retrouver pour communier. Avec cette loi, le Vietnam est pour une fois en avance sur la Chine qui n’a promulgué qu’un Règlement des affaires religieuses que Pékin a d’ailleurs récemment modifié (le 7/9/2017) dans un sens plus restrictif. Cette loi, en apparence libérale si l’on ne lit que les neuf premiers articles qui renouvellent le principe de la liberté de croyance et de religion proclamée dans la Constitution de 2013 (art 24 pour la liberté de religion et art.25 pour la liberté d’opinion), devient à partir de l’article 10 (jusqu’à l’art.63) une somme d’obstacles à l’exercice du culte et à l’expression publique des croyances. Toute constitution de groupe, toute réunion, toute construction d’inspiration religieuse, toute manifestation de convictions, etc. nécessite une autorisation préalable des autorités.

Le pouvoir communiste, par définition athée, ne supporte aucune concurrence dans l’influence des esprits et fait tout pour serrer la vis aux propagateurs de foi, quelle qu’elle soit. Il ne supporte aucune organisation indépendante de lui, surtout celles fédérant un grand nombre de personnes que lie un idéal ou une foi commune, de peur qu’elle ne constitue une force d’opposition de taille. Dans cette optique, Hanoï cherche constamment à embrigader les diverses églises : les ministres religieux qui veulent exercer leur sacerdoce doivent accepter l’immixtion du Parti et s’en faire les propagandistes. L’entreprise est aisée avec le bouddhisme qui n’est pas institutionnalisé et ne comporte pas de système de nomination et de contrôle des bonzes : il suffit à Hanoï de mettre ses espions et hommes de main à la tête des pagodes récalcitrantes d’où sont chassés les religieux authentiques dont les plus réfractaires sont arrêtés et emprisonnés : Pour déloger les bonzes rebelles de leur bastion, le pouvoir va jusqu’à faire raser leur pagode, comme ce fut le cas de Liên Tri, un centre bouddhiste assez connu à Saïgon, le 8/9/2016. Les rares pagodes, où ils tiennent encore bon, sont constamment surveillées par les policiers qui s’en prennent aux fidèles venus y faire leurs dévotions et, tant qu’ils refusent de se mettre au service du parti, leur temple, souvent décrépit, ne peut obtenir un permis de restauration. Le résultat est qu’on voit maintenant des bonzes aux ordres prêcher la soumission au Grand frère chinois, faire adorer Hồ Chí Minh comme une incarnation du Bouddha aussi bien dans les pagodes qu’à domicile sur les autels des ancêtres ! Il va sans dire que les faux bonzes ainsi parachutés, d’ordinaire sans morale ni scrupule, profitent de leur influence sur l’esprit des foules ignorantes pour s’adonner à de nombreux vices au point de susciter régulièrement des scandales (luxe ostentatoire, orgies, viols en réunion…), ce qui ne déplaît pas au pouvoir qui ne demande pas mieux que de voir les religions discréditées.

La même méthode est utilisée avec les sectes bouddhistes Hoà Hảo et Cao Đài, avec un peu plus de brutalité. Comme leurs fidèles, très fervents dans leurs croyances, se résignent difficilement à suivre les dignitaires étatisés, et qu’en plus ils sont peu nombreux et pour la plupart de situation modeste, le pouvoir ne se gêne pas pour les opprimer, leur interdire de célébrer leur culte, empêcher leur réunion, battre et torturer ceux qui osent se plaindre ou prendre contact avec un organisme des droits de l’homme. Les Hoà Hảo, particulièrement exécrés par le régime, conscient de leur haine des communistes qui ont assassiné leur père fondateur, le révérend Huỳnh Phú Sổ en 1947, sont sans cesse en butte aux tracasseries policières et risquent, à la moindre résistance, de subir emprisonnement, torture ou exécution (cas de Nguyễn Hữu Tấn, égorgé le 3/5/2017 à Vĩnh Long).

Les protestants, partagés entre plusieurs Eglises différentes sans organisation hiérarchique, devraient être facilement mis au pas si leurs pasteurs n’étaient pas animés par une foi solide qui leur fait refuser l’enregistrement auprès de l’administration et donc d’être enrégimentés par le parti. Solidaires des malheurs de leurs ouailles, plusieurs d’entre eux se sont engagés dans la lutte pour la démocratie et la paient de leur liberté comme de leur vie. Tel est le sort réservé au pasteur Nguyễn Trung Tôn, tabassé grièvement et laissé pour mort en février 2017, puis emprisonné le 30/7/2017. Et par mesure de représailles, le pouvoir donne carte blanche aux policiers pour menacer, attaquer, détrousser et battre leurs paroissiens.

Avec le catholicisme, la prise en main est plus ardue mais non inopérante. Par peur des persécutions de Hanoï et donc par prudence, le Vatican interdit aux ecclésiastiques de se mêler de politique ; une bonne partie des prêtres obéissants se taisent ainsi sur tous les sujets sociaux sensibles intéressant la vie de leurs ouailles quoiqu’il s’agisse des conséquences de la politique menée par le pouvoir. Mais un certain nombre, leur conscience de citoyen patriote aidant, n’oublie pas qu’un serviteur de Dieu doit aussi se pencher sur le malheur des enfants de Dieu, les épauler dans leurs souffrances, et donc les accompagner dans leur lutte contre le pouvoir qui les opprime. Il se fait que la majorité d’entre eux vive dans le Centre-Vietnam, devenu depuis avril 2016 une région martyre à cause de la pollution de la mer par l’entreprise chinoise Formosa qui s’en est tirée avec 500 millions USD d’indemnisation dont la population touchée n’a guère vu la couleur, et continue ses rejets toxiques avec la bénédiction du régime. Pire encore, les manifestations de la population, en grande partie chrétienne, réclamant justice et fermeture de l’usine, ont chaque fois été réprimées par les forces de l’ordre qui empêchent les familles des pêcheurs en chômage forcé et tombées dans la misère de déposer requêtes et plaintes contre elle.

De par leur foi de charbonnier qui les rend très solidaires et attachés à leurs prêtres, et surtout de par leur désespoir devant la perte de tout moyen d’existence sur leurs terres (outre la pêche interdite due aux pollueurs et agresseurs armés chinois, l’agriculture et l’élevage sont régulièrement détruites par les crues et sécheresses provoquées par les barrages chinois) les catholiques vietnamiens du Centre-Vietnam constituent actuellement la seule communauté importante capable d’organiser des manifestations de masse, ce qui en fait la bête noire de Hanoï. Pourtant leur requête est des plus légitimes : que Formosa indemnise les habitants à la hauteur des dommages causés après une estimation sérieuse de scientifiques indépendants, et qu’elle soit fermée en attente d’un satisfecit des scientifiques sur sa capacité de traitement des déchets au lieu de continuer à les rejeter dans la mer et dans l’air. De telles mesures normalement prises par tout pouvoir, sans besoin de pression populaire, dans les autres pays contre toute entreprise polluante, ne peuvent être envisagées actuellement au Vietnam, s’agissant des entreprises chinoises, qui plus est une entité parrainée par Pékin qui s’en sert pour ses sinistres desseins. Les dirigeants vendus de Hanoï liés à Pékin par des accords honteux et des pots-de-vin généreux, n’osent guère déplaire à leurs maîtres, et loin de venir en aide aux victimes, répondent à leurs cris au secours par le déploiement de matraques, de bombes lacrymogènes, de camions à ultra-sons, et aussi de fusils.

https://1.bp.blogspot.com/-nNhK59ncqE0/V35p0U9DCUI/AAAAAAACB4Q/Bbdq4Y2zVy8pal5yTMd1rRmMf9XsfnaxQCLcB/s1600/bie%25CC%2582%25CC%2589u%2Bti%25CC%2580nh%2Bqua%25CC%2589ng%2Bbi%25CC%2580nh-danlambao.jpg

Pour éviter la diffusion des images de répression policière défavorables au régime, tabassages et intimidations grossières du petit peuple catholique ont été confiés à des suppôts habillés en civil, dont les agressifs Drapeaux rouges (voir article à leur sujet) constituent le fer de lance. Depuis la catastrophe Formosa en avril 2016, les paroisses du Centre-Vietnam n’ont cessé de subir harcèlements, campagne de dénigrement et d’intimidation verbale ; poussés à abandonner leurs foyers afin que de nouveaux colons chinois puissent s’établir dans la région, les habitants s’accrochent. Leur ténacité irrite et fait redouter au pouvoir une propagation dans tout le pays de la désobéissance civile comme forme de lutte potentiellement efficace, au point que le Secrétaire général Nguyễn Phú Trọng a dû venir le 28/10 dernier à Nghệ An dans la 4è circonscription militaire dont dépend le Centre-Vietnam exhorter l’armée à « ne pas laisser se réaliser l’auto-évolution, l’auto-mutation », autrement dit toute tentative de démocratisation du régime. Ne pouvant venir à bout de leur détermination, le pouvoir communiste est même prêt à susciter une guerre de religion en excitant la majorité bouddhiste manipulée par les bonzes jurés contre les chrétiens.

La nouvelle loi sur les croyances et les religions, à laquelle s’ajoutent deux décrets d’application vient à point nommé pour permettre à un régime aux abois de faire taire toutes les forces un tant soit peu organisées, après une chasse fructueuse contre les dissidents isolés (40 arrestations rien qu’en 2017). Avec un pays en ruine et son invasion de plus en plus flagrante par les Chinois, Hanoï veut museler l’opinion et empêcher toute agrégation et organisation des mécontents. Le peuple, encore abruti par la propagande officielle, saura-t-il  se réveiller et former un front solidaire capable de sauver le Vietnam d’une annexion programmée ? C’est en tout cas le vœu que nous formons en cette époque de nouvel an (2018 et Mậu Tuất).

 

Texte de la loi sur les croyances et les religions : https://thuvienphapluat.vn/van-ban/Van-hoa-Xa-hoi/Luat-tin-nguong-ton-giao-2016-322934.aspx

Etat des persécutions religieuses au Vietnam en 2017 : http://www.duocviet.org/2018/01/09/tinh-hinh-ton-giao-tai-viet-nam-nam-2017/

 

Orienteurs d’opinion et drapeaux rouges vietnamiens

En dépit de ses engagements en faveur des droits de l’homme envers l’ONU au point d’obtenir un siège au Conseil des droits de l’homme de 2014 à 2016, le Vietnam communiste ne cesse de bafouer les libertés civiques des citoyens, de réprimer par tous les moyens la liberté d’expression et d’association.

Non contents d’empêcher les citoyens d’émettre des opinions contraires à la ligne du parti au pouvoir, les Big Brothers de Hanoï veulent qu’ils aiment le parti et approuvent toutes ses décisions, aussi absurdes et immorales soient-elles.

Pour y arriver, le parti a axé ses efforts dès l’origine sur la propagande baptisée « dân vận » (agit-prop) avant sa prise de pouvoir, puis « tuyên giáo » (éducation par la propagande) après, dont les agents étaient tirés de divers organismes de l’Etat.
Ce n’est qu’en 2010, après un accord avec la Chine sur la coopération en matière de propagande que le Vietnam créa sur instigation et à l’imitation de son grand voisin une armée spécialisée de propagandistes chargés d’orienter politiquement la population, appelés « dư luận viên » (orienteurs d’opinion) dûment stipendiés. L’existence de ces orienteurs d’opinion n’est révélée au public que le 17/1/2013 via un article du journal Lao động (https://laodong.vn/xa-hoi/ca-nuoc-co-gan-80000-tuyen-truyen-vien-mieng-99679.bld).

Selon les chiffres avancés lors d’un congrès national de la propagande tenu à Hanoï le 9/1/2012 qui y sont rapportés, le nombre des orienteurs d’opinion ne cesse de grandir : de plus de 65.000 en 2011, ils sont 80.000 en 2013 ; depuis combien sont-ils, on l’ignore. Ce que l’article nous apprend c’est qu’ils sont présents partout, jusqu’au niveau des villages.
En septembre 2017 paraît dans le blog des étudiants vietnamiens pour les droits de l’homme une intéressante confession d’un orienteur d’opinion (https://hoisinhviennhanquyen.org/2017/09/09/tam-su-cua-mot-du-luan-vien/ ) dont je donne ci-dessous la traduction. En confrontant les divers documents concernant ces agents propagandistes, on peut estimer que leur nombre actuel tourne autour de 100.000.

Alors qu’en 2012 ils ne travaillaient qu’à temps partiel à côté d’une autre activité puisque leur salaire était appelé indemnité (équivalant à de 1/10 à 1/3 du salaire minimum) et avaient donc une autre activité à côté, depuis 2015 ils exercent leur métier à plein temps avec un salaire variant de 3 à 10 millions (120 à 400 USD) selon leur importance. Si on prend 5 millions đồng comme salaire moyen, on voit que le pouvoir dépense rien que pour sa propagande 24 millions USD par an.
Quelle est donc la mission de ces orienteurs d’opinion ?

A l’instar de la Chine, cette nouvelle armée de propagandistes sous la houlette du Service de l’éducation par la propagande (Ban tuyên giáo) a d’abord été instituée pour contrer la prise de conscience du citoyen de ses droits et la prise de sa libre parole grâce à Internet. En dehors de leur ancienne activité de glorification du parti, de débusquement des mauvaises pensées et d’attaque de leurs auteurs, ils sont chargés d’entretenir des polémiques contre les bloggers et facebookers par des commentaires dans les pages de ces derniers ou par des écrits sur leurs propres sites.

Comme la plupart d’entre eux n’ont qu’une instruction limitée, ils sont incapables d’opposer à leurs adversaires d’autres objections que des arguments ad hominem, et en fait de controverse, leur intervention consiste en des affirmations mensongères et des insultes des plus ordurières. Face à un adversaire trop populaire, il leur reste la possibilité de multiplier les plaintes et protestations sous des prétextes fallacieux auprès de Google et Facebook pour faire fermer leur compte. En attendant de pouvoir se passer de ces géants et de les remplacer par leurs équivalents chinois comme en Chine afin de museler complètement l’opinion.
Officiellement, les orienteurs d’opinion se cantonnent dans le travail « intellectuel », mais pour intimider les dissidents et éventuels opposants, ils passent aussi à l’action.

Ils secondent la police dans le harcèlement des démocrates en se livrant à des actes ignobles genre insultes obscènes, jets de pierre, de peinture, de sauce puante, ou d’excrément allant jusqu’au tabassage en règle, choses que la police ne peut faire publiquement sans motif légal.

Ces voyous oeuvrèrent ouvertement en nombre vêtus de maillot aux couleurs du drapeau national communiste (rouge à étoile jaune) lors des manifestations de 2014 et 2015 contre la Chine à propos des Paracels et Spratly. Leurs exactions furent telles que les autorités durent se désolidariser d’eux, déclarant que les « drapeaux rouges » sont des « citoyens patriotes » dressés spontanément contre les « forces ennemies ». En fait les voix dissidentes ont commencé à s’élever au Vietnam à cause de l’occupation de ces îles par la Chine, et c’est pour lutter contre toute opinion anti-chinoise que fut créée à l’instigation de Pékin l’armée des orienteurs d’opinion dont la troupe des Drapeaux Rouges constitue en réalité la garde de choc destinée à la protection des intérêts de la Chine.
Or actuellement la seule force capable de résister aux manigances chinoises est la communauté catholique des provinces côtières du Centre qui n’a pas cessé de manifester depuis avril 2016 contre l’entreprise chinoise Formosa coupable de la pollution de la mer.

C’est ainsi qu’une Alliance de Drapeaux Rouges (Liên minh cờ đỏ) créée en mai 2017 prétendument à l’appel de plusieurs organisations patriotiques pour prêter main forte à la police – obligée malgré tout de respecter certaines formes – dans la répression des « réactionnaires », est venue tenir sa première réunion les 29-30/10/2017, au village de Sơn Hải, district de Quỳnh Lưu, province Nghệ An, à côté de la paroisse Văn Thai.

700 Drapeaux Rouges venus des diverses provinces du pays, soi-disant spontanés et non stipendiés, s’y sont livrés en toute impunité à des hurlements, menaces et jets de pierres contre les prêtres et leurs paroissiens. En donnant carte blanche à des fanatiques et voyous patentés pour exciter la population contre des communautés, le pouvoir est en train de susciter des pogroms dans un pays où la violence rentrée des habitants soumis à trop de contraintes risque, faute de pouvoir se déchaîner sur leurs persécuteurs (le parti) et leurs ennemis (la Chine), se défoule aisément contre des adversaires désignés.

Confidences d’un agent d’opinion (dư luận viên)

Traduction par Mme Dang Phuong-Nghi d’un document publié dans le blog de l’Association des étudiants vietnamiens pour les droits de l’homme, septembre 2017.

Tout d’abord, je vous affirme, mes amis, que je suis un être humain. Un humain normal quant à l’esprit, au savoir et à la réussite relative dans la vie. Alors pourquoi me traite-je d’« animal » ? Veuillez lire la suite pour en connaître la raison.

J’écris ces lignes pour me confier à vous après une nuit agitée passée à réfléchir sur l’humanité et sa condition. Le fait est que ce matin j’ai eu à aller au domicile particulier de mon supérieur, Secrétaire du parti dans la province X. Ma province est pauvre mais la résidence de mon supérieur ne cède en rien aux demeures des nababs et de méga-stars dont les journaux nous abreuvent de nouvelles. Comparée à celle de son confrère récemment limogé à Hà Giang, elle peut l’égaler bien qu’elle soit sise dans une ville où le pouce de terrain vaut son pesant d’or et non dans un trou perdu.

Laissez-moi me présenter. Je suis un jeune homme entré dans le parti il y a 10 ans, diplômé de l’Institut de la presse et de la propagande, qui travaille dans l’éducation par la propagande (tuyên giáo), métier qui n’existe que dans les pays d’idéologie socialiste.

Bien qu’il s’agisse d’un travail spécifique, nous sommes les enfants chéris du parti. Lisez l’article « Constituer l’armée des cadres d’éducation par la propagande de la province Lào Cai, étape 2011-2015, en vue de 2020 » pour voir combien la tâche d’éducation par la propagande est considérée par le parti. Une province pauvre et peu peuplée comme Lào Cai a besoin de 3000 agents spécialisés dans l’éducation par la propagande, non compris leurs collaborateurs dans les communes – chaque commune ayant déjà de 8 à 13 propagandistes !

Je calcule qu’étant donné en moyenne chaque agent d’éducation par la propagande reçoit un salaire de 5 millions đồng ( ~200 USD) /mois, cette province indigente dépense chaque mois 15 milliards (600.000 USD), chaque année 180 milliards (7,2 millions USD) pour la propagande. Si l’on multiplie ce chiffre pour tout le pays on aura le chiffre énorme de 11.520 milliards (460,8 millions USD), et c’est le chiffre minimum car il se base sur la province la plus pauvre). Je pense qu’il se peut que la recette annuelle des impôts de cette province suffit tout au plus à nourrir son armée d’agents de l’éducation par la propagande.

Mon salaire actuel est le double du salaire moyen susdit (de l’ordre de 10 millions/mois). Mon travail quotidien consiste à lire les textes écrits dans les blogs marginaux pour détecter la tendance de l’opinion, rassembler les informations et en faire le rapport aux dirigeants ; à étudier soigneusement les écrits pour trouver les failles et se baser sur elles pour attaquer l’auteur, susciter des doutes à son égard et noircir sa réputation. Parfois je vais à la rencontre de certains personnages considérés comme des activistes démocrates du secteur qui relève de ma responsabilité pour me mettre au courant de leur situation familiale et de leur pensée. C’est une sinécure au salaire élevé, avec des occasions de gagner encore plus grâce aux informations sur les projets gouvernementaux bientôt en réalisation. Si je suis content de ma vie et que ma conscience ne me tourmente pas, je n’écrirai pas ces lignes.

Aujourd’hui, je trouve que je ne suis pas un homme mais un chien, ni plus ni moins. Dès que je mets le pied dans la demeure imposante de mon chef, deux gros et féroces bergers allemands s’élancent comme pour me dilacérer ; heureusement qu’une chaîne autour de leur cou les retient. Mon chef au teint clair éclatant s’écrie : « Bi, soyez sages », et les deux chiens retournent sagement à leur ancienne place. Je reprends mes esprits, quant à mon chef il semble content de quelque chose. « Féroces comme ils sont, ces chiens doivent obéir à leur maître, dit-il. Si l’un se montre difficile à mater, je l’affame pour qu’il devienne raisonnable ». Cela dit, il paraît très satisfait de son autorité dans un sourire plein de sous-entendu.

Nos échanges tournent autour de l’atmosphère politique actuelle : à propos de la Constitution, de l’affaire Đoàn Văn Vươn [ndt : habitant du district de Tiên Lãng, Hải Phòng, libéré de prison le 1/9/2017 après 3 ans et 7 mois d’enfermement pour cause de révolte contre la saisie arbitraire et violente par le Comité populaire local de ses 19 ha de terrain et marais pour élevage de crevettes], de la crise économique, de l’orientation des activistes démocrates… Il faut dire que les communistes comme mon chef sont très réalistes et avisés. Quand ils parlent au citoyen c’est tout autre : patriotisme, stabilité, sacrifice, le parti n’a pour intérêt que le peuple,…, mais en interne c’est simplement l’intérêt particulier et l’adversaire. Ils savent qui partage leurs intérêts, qui est dans le même barque qu’eux, qui ne peut quitter la barque. L’intérêt est toujours la carte qu’ils sortent pour marchander et évaluer la situation.

Après l’entrevue, je rentre chez moi le cœur lourd. Sur le chemin du retour le spectacle des pauvres malheureux s’unissant pour pousser une charrette pleine de briques, des groupes d’ouvriers et d’ouvrières du bâtiment retournant à pied chez eux, des gargotes, paniers et éventaires des marchandes, grand-mères et mères de famille, envahissant les rues, des trottoirs malpropres… heurte mes yeux.

Je me vois comme un chien, ni plus ni moins, un chien que son maître nourrit bien pour qu’il aboie. Il aboie pour engraisser son corps et gaver la famille de son chef cependant que le peuple vit dans la misère. Quand donc ces foules de miséreux peuvent-elles entendre des paroles pratiques de leurs plus hauts dirigeants ? Chaque jour ils triment du matin au soir ; que le soleil brûle ou qu’il crachine, ils travaillent et travaillent. Ils ne gagnent que juste de quoi manger par jour, le surplus coule régulièrement du patron de leur société à mon chef qui en réserve une partie pour me nourrir. Je me sens ignoble. Je suis un menteur, je dois mentir au peuple pour avoir mon bol de riz.

J’admire les gens comme le journaliste Đắc Kiên [ndt : Nguyễn Đắc Kiên, a été viré de son journal « Famille et Société » le 26/2/2013 pour avoir critiqué le Secrétaire général du parti Nguyễn Phú Trọng dans son blog], mais je n’ose pas faire comme lui. Je porte encore une charge de famille avec deux jeunes enfants et des parents… Je sais que si j’élève la voix, je ne serai qu’un héros éphémère, je ne résoudrai rien. Kiên est un parmi 7000 journalistes alors que je ne suis qu’un parmi plusieurs centaines de milliers d’individus. Jamais il ne manque de personnes faisant mon travail.

Le parti sait toujours qui nourrir généreusement et qui affamer. Les gens comme nous ont toujours un salaire élevé accompagné de privilèges comme l’achat d’appartement dans les ensembles collectifs (pour y habiter ou pour le louer), ensuite viennent les membres de la police et de l’armée. Je sursaute et ai le cœur serré quand j’apprends qu’aujourd’hui le salaire d’un enseignant ou d’un médecin ayant près de 10 ans d’ancienneté n’est que d’environ 3,5 millions (140 USD), alors que le nôtre s’élève au moins au double du leur.

Les dirigeants du parti sont toujours pragmatiques : A l’extérieur ils parlent de morale, mais à l’intérieur ils tapent sur l’intérêt, ils utilisent l’intérêt pour contraindre à la fidélité. Je suis réellement dégoûté quand dans les réunions secrètes internes les dirigeants n’ont pas besoin de se cacher pour dire ouvertement que nous devons faire tout notre possible pour maintenir le régime parce que seul ce régime gratifie les gens comme nos. Si le régime s’écroule, le métier de propagandiste disparaîtra, de la vie dans la soie et le velours, nous risquerons de tomber dans la mendicité. Quoi de plus sombre qu’une telle situation ?

Je trouve la lutte pour la démocratie déséquilibrée : Un côté est de peu d’importance avec quelques individus utilisant leur propre argent ou, s’ils reçoivent de l’aide de l’étranger ce n’est pas grand-chose parce que la Sécurité prête toujours attention aux histoires d’argent. Elle surveille et détruit aussitôt le réseau de transfert de devises. Le communiste est toujours pragmatique question argent. L’autre côté détient le pouvoir d’Etat, se sert de l’argent des impôts pour nourrir un gigantesque appareil de propagande avec un budget d’une dizaine de milliers de milliards tel le chiffre calculé provisoirement ci-dessus.

J’écris ceci pour que tout le monde comprenne la situation dans laquelle nous sommes empêtrés, nous autres les agents de l’éducation par la propagande. Sans d’autre choix, nous sommes obligés de nous efforcer de soutenir à fond la barque socialiste parce que si elle coule nous coulons aussi. Les gens comme nous sont réduits à l’obligation de se taire, de ne pouvoir rien dire.

Combattants démocrates, en dehors de la glorification d’un noble idéal : liberté, démocratie…, mettez-vous à trouver une solution qui concilie l’intérêt des gens comme nous avec le changement.

Aucun être humain qui voit un meilleur radeau n’est assez idiot pour s’employer à soutenir une embarcation sur le point de couler.   

En marge de l’APEC : proclamation symbolique de la suzeraineté de Pékin sur Hanoï et inculture grossière des dirigeants vietnamiens

Pour ceux qui doutent encore de la domination chinoise au Vietnam, il suffit de voir le comportement des dirigeants de Hanoï face à Donald Trump et Xi Jinping lors du sommet de l’APEC :

Sur invitation du président Trần Đại Quang pour les Etats-Unis et du Secrétaire général du Parti Nguyễn Phú Trọng pour la Chine, Donald Trump comme Xi Jinping ont tous les deux décidé de faire une visite officielle (de 1 jour pour Trump et 2 jours pour Xi) à Hanoï après la clôture du Sommet de l’APEC à Đà Nẵng le 11/11/2017.

Or, alors que les deux invités officiels sont également à la tête d’une grande puissance, seul le président chinois a eu droit aux 21 coups de canon à sa descente d’avion.

Histoire de marquer la position privilégiée de la Chine, autrement dit la sujétion du Vietnam, révélée en plus par la construction d’un grandiose Palais de l’Amitié Vietnam-Chine de 14.000m2 sur 3,3ha à Hanoï inauguré par Xi le 12/11, ainsi que la signature entre Nguyễn Phú Trọng et Xi Jinping de 12 documents et 7 textes portant sur la coopération entre les deux pays (c’est-à-dire en fait l’ingérence plus poussée de la Chine dans les affaires internes du Vietnam), en particulier en matière de défense nationale (contrôle des frontières par l’armée chinoise, document 12), de système bancaire (contrôle des banques vietnamiennes par la Commission de gestion et de contrôle des banques chinoises, doc. 11), de culture (éditions et media officiels vietnamiens sous la supervision du Bureau des éditions et de l’Union de la presse chinois, textes 4,5).

Sans compter une autre inauguration en grande pompe une semaine avant le Sommet de l’APEC, celle d’un autre bâtiment imposant, le Consulat général de Chine à Đà Nẵng, ville d’accueil du Sommet, mais surtout préfecture gérant les îles Paracels et Spratly, qui doit s’interpréter comme une affirmation devant la communauté internationale du pouvoir réel régnant sur le Vietnam et sur ces archipels.

A cette « profonde amitié » sino-vietnamienne vantée dans tous les media officiels et enseignée dans toutes les écoles, le peuple a profité des événements de l’APEC pour lui opposer un démenti formel. D’abord, par les milliers de « like » sur facebook accompagnant la traduction du discours de Donald Trump, en comparaison de l’absence de « like » et de nombreux « angry » concernant celui de Xi Jinping. Ensuite par la venue en masse de la population de Hanoï près de l’aéroport et dans les rues pour accueillir le président américain en visite à Hanoï, certains devant attendre des heures entières pour seulement entrevoir sa voiture, cependant que le convoi du président chinois laisse les Hanoïens indifférents.

Nữ phục vụ mặc áo yếm tại đại tiệc APEC hôm 6/11/2017.

Le mépris du peuple vietnamien pour ses dirigeants, qu’il n’ose exprimer qu’en privé, a trouvé dans un faux pas honteux des organisateurs de l’APEC l’occasion de se manifester ouvertement : le choix du costume porté par le personnel féminin désigné au service d’environ 300 participants de l’APEC lors du gala d’ouverture du sommet, un simple couvre-sein à dos nu par-dessus une jupe longue.

Cet accoutrement sexy, très impudique aux yeux d’une nation encore très traditionnaliste avant 1975, porté par des jeunes vietnamiennes en une occasion solennelle, devant des personnalités étrangères, n’a pu que choquer nombre de ceux qui l’ont vu en direct ou sur photo. En fait, ce genre de vêtement sexy a déjà fait son apparition officielle sur le dos d’un groupe de jeunes danseuses présentées au président Obama en 2016, mais son indécence ne fut pas relevée publiquement. Ce silence des media a dû conforter les autorités dans leur goût et leur inculture vulgaire.

Mais cette fois-ci le léger couvre-sein ne passe plus : de nombreuses voix se sont élevées contre l’image désastreuse donnée à la femme vietnamienne en une circonstance aussi importante, sous les caméras du monde entier. Devant l’indignation générale, les organisateurs de l’événement ont refusé de répondre mais leurs partisans ont pris comme justification le fait que c’était un costume traditionnel, argument aussi absurde que stupide : le cache-sein était en effet un vêtement traditionnel, mais une pièce de dessous, toujours couverte par une chemise ou une robe ; dans quel autre pays a-t-on l’idée de faire porter un soutien-gorge sur jupon ou une chemise de nuit à des hôtesses lors des cérémonies officielles sous prétexte de tradition ?

Les hôtesses habillées ainsi existent partout, mais sur des femmes de mœurs légères et confinées dans des bars et lieux de plaisir ! Un tel choix approuvé par les dirigeants vietnamiens ne montre-t-il pas leur vulgarité et leur mentalité de mafiosi ?

Nul étonnement à ce qu’ils vendent allègrement leur pays à Pékin.

Fichage informatique de la population vietnamienne

En réponse à une rumeur sur un changement de carte d’identité, le 4/11/2017, le Ministre de la police Tô Lâm a reconnu en effet que par le décret 112/NQ-C P, le premier ministre Nguyễn Xuân Phúc a signé l’abolition du livret de famille (sổ hộ khẩu) et du « certificat populaire » (chứng minh nhân dân, sorte de carte d’identité délivré par le comité populaire local) que tout citoyen doit exhiber quand il a affaire aux services officiels ; ces papiers seront remplacés par une unique «carte d’identité du citoyen » (căn cước công dân) gérée par le système de « matricule nominal individuel » (mã số định danh cá nhân).

Bien que le décret entre en vigueur dès le 30/10/2017, un responsable du ministère déclare que le changement ne pourra se faire qu’après la modification des lois et décrets sur la gestion du séjour des habitants et surtout après que « l’organisme des données nationales » (cơ sở dữ liệu quốc gia) ait fini la mise à jour de 15 informations de base sur les plus de 90 millions de citoyens ainsi que l’attribution des matricules (fin du travail estimée vers 2019).

Ces informations portent sur : 1. Nom et prénom de naissance ; 2. Date de naissance ; 3. Sexe ; 4. Lieu d’enregistrement de la naissance ; 5. Lieu d’origine ; 6. Ethnie ; 7. Religion ; 8. Nationalité ; 9. Situation matrimoniale ; 10. Domicile permanent ; 11. Domicile actuel ; 12. Groupe sanguin ; 13. Noms et prénoms, n° de la carte d’identité des parents, du mari ou de la femme ou du tuteur légal ; 14. Nom et prénom, n° de la carte d’identité du propriétaire du logement, lien avec ce propriétaire ; 15. Date du décès ou de la disparition.

Le matricule ou numéro de la carte d‘identité comprendra 12 chiffres : 6 étant les codes pour le siècle de naissance, l’année de naissance, le sexe, la province, la ville, le pays de naissance ; les 6 autres étant des chiffres aléatoires. Le processus de changement de carte d’identité se fera par étapes et concernera d’abord 17 grandes villes dont Hanoï et Saïgon.

Pourquoi un simple changement de carte nécessite-t-il une constitution de base de données, s’il ne s’agit pas là de l’amorce d’un contrôle informatique de la population à l’instar de la Chine ?

Le fichage de la population a donc commencé. Dans les 15 informations de base sont déjà introduites des éléments intrusifs tels les n°6, 7, 12 et 14. Qu’est ce qui empêche la Police d’y ajouter d’autres informations plus personnelles, en particulier les opinions politiques et autres ?

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que les cartes d’identité informatisées seront en principe fabriquées en Chine, ce qui veut dire que les Chinois pourront, sans avoir recours au piratage, disposer des données, en particulier médicales, sur tous les Vietnamiens.

Sachant combien la Chine cherche à enrichir sa banque d’organes humains vivants et compte tenu du développement du trafic de ces organes dans ses provinces limitrophes, on peut craindre pour le sort futur de nos compatriotes.

 

Sur le changement de carte d’identité, voir :

http://www.doisongphapluat.com/tin-tuc/tin-trong-nuoc/khi-nao-chinh-thuc-bo-so-ho-khau-a208185.html

http://dantri.com.vn/xa-hoi/chinh-phu-dong-y-bo-so-ho-khau-chung-minh-nhan-dan-20171104192709052.htm

Semaine de l’APEC (Asia Pacific Economic Cooperation – Forum de coopération économique Asie-Pacifique)

du 6 au 11/11/2017 à Đà Nẵng :

Après les réunions des entrepreneurs et hauts fonctionnaires chargés de l’économie du 6 au 10, le11/11/2017 le Sommet de l’APEC verra les rencontres en petits comités de nombreux dirigeants de la planète, en particulier les présidents des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine.

21 pays/économies sont membres de l’APEC, créé en 1989 : Australie, Brunei, Canada, Chili, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, Hong Kong, Indonésie, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Papouasie-Nouvelle Guinée, Pérou, Philippines, Russie, Singapour, Taipei, Thaïlande, Vietnam.   

En présence de tant de chefs d’Etat, c’est l’occasion ou jamais pour le Vietnam, pays hôte, de demander le soutien de nombreux pays pour la résolution de ses plus gros problèmes économiques en les mettant sur le tapis, en particulier le problème des attaques chinoises contre ses pêcheurs empêchés de s’aventurer loin de son littoral gravement pollué (par le rejet direct en mer des déchets des usines chinoises installées sur son rivage) pour gagner leur vie, ce qui a réduit à plat son économie halieutique malgré ses 3200 km de côte.

Mais par peur de son puissant voisin, le pouvoir de Hanoï a accepté de ne rien inscrire à l’ordre du jour qui puisse déplaire à Pékin, a fortiori ce qui évoque les exactions de la Chine en Mer orientale.

En conséquence de quoi, à part le prestige illusoire d’accueillir sur son territoire du beau monde politique, l’APEC n’a fait que plonger le Vietnam dans de plus grandes difficultés à cause des frais énormes dépensés pour sa tenue alors que le pays est quasiment insolvable et menacé de faillite.

 

Inondations (suite)

 

Le Vietnam s’est-il à peine relevé des crues et inondations du mois d’octobre générées par des pluies incessantes, le déversement des eaux des lacs et bassins hydrauliques, puis le typhon n°11 (Khanoun) que depuis le 1/11, un autre typhon beaucoup plus puissant (n°12, Damrey) s’abat sur le pays, soufflant du Centre Vietnam Sud vers le Sud Vietnam. Au contact de l’air froid hivernal, il produit vents furieux et pluies diluviennes qui engendrent de nouvelles crues venant s’ajouter aux précédentes, rendant infernale la vie des habitants, en particulier ceux du Centre, population martyre s’il en est, tant sur elle s’accumulent les catastrophes, en particulier depuis avril 2016 avec l’empoisonnement de la mer par les déchets rejetés de l’entreprise chinoise Formosa. Et cela sans compter les harcèlements agressifs subis par les millions de catholiques qui la composent, de la part des autorités, anti-religieuses et tributaires de Pékin.

Malgré les critiques de l’opinion publique et les plaintes des habitants concernés, le gouvernement a encore choisi les intérêts des propriétaires (chinois) des barrages hydrauliques aux dépens de la population en leur permettant de protéger ces ouvrages du risque de rupture par le déversement de leurs eaux pendant les crues, lesquelles viennent s’ajouter aux eaux montantes des fleuves.

Déversements d’autant plus criminels qu’ils ont lieu encore le plus souvent la nuit, sans préavis. Victime de ces crues doublées d’eaux de barrages, la ville-musée de Hội An, dont les vieux quartiers sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco, est complètement inondée, au point qu’il a fallu en évacuer les habitants, y compris un grand nombre de touristes étrangers. (https://baotintuc.vn/video/thuy-dien-dong-loat-xa-lu-hoi-an-ngap-sau-trong-nuoc-v20171105183147091.htm).

Au matin du 7/11, les ravages du typhon Damrey et des crues occasionnées par lui sont ainsi estimés : 69 morts (dont 27 dans la province de Quảng Nam et 20 dans celle de Khánh Hòa), 30 disparus, 1484 maisons démolies, 119.222 maisons abîmées et à toiture envolée, 7.990 ha de rizières noyées, 14.559 ha de plantations de légumes et fruits  noyées, 29.942 cages de pisciculture endommagées (cf. Tin tức, 7/11/2017).   

A 19h du 8/11/2017, le bilan des pertes humaines s’est élevé à 106 morts, 25 disparus et 197 blessés (cf. RFA, 8/11/2017)

Empoisonnements de masse

 

Près de 1000 élèves intoxiqués par du lait empoisonné

Le 27/10/2017, près de 1000 élèves – les autorités ont essayé de minimiser ce nombre en ne reconnaissant d’abord que 100, puis 400, puis 500 et n’ont donné le chiffre de 1000 qu’en catimini lors d’une émission télévisuelle le 29/10 — de trois écoles primaires, Lái Hiếu, Nguyễn Hiền et Cây Dương situées dans les districts Châu Thành, Ngã Bảy et Phụng Hiệp dans la province Hậu Giang (dans le delta du Mékong) ont dû être hospitalisés pour cause d’intoxication grave, trente minutes après l’ingestion du lait distribué gratuitement dans les écoles dans le cadre d’une campagne de promotion «Nestlé healthy kids » (devant durer du 16/10 au 24/11) lancée par la compagnie Nestlé via la société de publicité et marketing M.C. sise à Saïgon. Effarés par la catastrophe, les Services de l’Education et de la Santé de la province (chef-lieu Cần Thơ) ont gelé l’accord du 6/10 avec M.C., mandataire de Nestlé, sur la distribution du lait Milo (de Nestlé) aux 127 écoles relevant de leur juridiction.

Le 29/10, tous les enfants malades ont pu rentrer chez eux sans que les médecins aient découvert la cause exacte de l’intoxication. Ils ont échappé à la mort, mais sait-on quelle substance nocive ils ont ingurgité et quelles en seront les séquelles dans leur corps ? Le lait distribué gratuitement ferait-il partie de lots périmés écoulés exprès dans les pays pauvres pour des fins publicitaires ? Mais Milo est du lait en poudre et doit être dilué dans de l’eau.

L’empoisonnement serait-il dû à l’utilisation par des agents négligents de M.C. d’une eau contaminée ? La police a trouvé à leur maison de location à Cây Dương (Phụng Hiệp) en plus de 400 paquets de Milo plus de 1300 boîtes de lait concentré sucré de marque différente non communiquée, qu’ils avouent avoir mélangé avec Milo, à l‘instigation même de Nestlé. Le produit toxique se trouverait-il dans ce lait concentré ? On attend les explications de Nestlé !

Il se peut aussi que ce lait destiné aux enfants a été intentionnellement empoisonné par une main malveillante, et entre dans le cadre d’une entreprise continue de génocide décidé à Pékin et perpétré par une cinquième colonne baptisée « Tình báo Hoa Nam » (Intelligence Chine-Vietnam) par la population. En voilà de l’obsession complotiste diriez-vous ! Pas tant que ça quand on compte tous les cas d’empoisonnement collectif récurrents touchant les travailleurs (c’est-à-dire la partie dynamique de la société) et les enfants (l’avenir de la nation) depuis quelques années. Certes, de l’aveu de tous les media officiels vietnamiens, s’alimenter au Vietnam est devenu tous les jours un acte dangereux tant le marché est envahi par des aliments « sales » (= trafiqués chimiquement) venant de Chine ou produits sur place sous incitation chinoise. Mais ces riz, fruits, légumes, viandes, boissons, condiments … sales qui provoquent le cancer, tuent lentement et rarement immédiatement. Et aussi aléatoirement, car les Vietnamiens avertis cherchent à les éviter. D’où parfois la tentation d’activer le processus et de mieux cibler les victimes avec les empoisonnements collectifs.

C’est ainsi que depuis le début de l’année, d’après uniquement la presse officielle, on peut répertorier, outre le cas cité, les occurences  troublantes (sans cause définie) suivantes :

– Au moins 38 personnes hospitalisées et 3 personnes décédées lors d’un mariage à Lai Châu (cf. A family, 15/2/2017) ;

– 22 religieuses du Couvent Reine de la Paix à Buôn Ma Thuột, DakLak, hospitalisées le 24/2/2017 après avoir ingurgité une soupe (cf. infonet, 25/2/2017) ;

  – 31 enfants de l’école maternelle Đác Hring, Kontum hospitalisés après le dîner à l’école le 10/5/2017 (cf .Nhân dân điện tử, 11/5/2017 😉

– 59 personnes, dont 4 petits enfants et 49 élèves des écoles primaires Dak Leang, Tân Lợi et Lý Tự Trọng  du village Ea Uy, Krong Pak, DakLak, hospitalisés après avoir mangé des bonbons et gâteaux distribués par 5 inconnus sur motobylettes, portant lunettes noires et masque buccal (cf.Baomoi.com, 12/5/2017  ;

– 31 enfants de l’école maternelle Lại Yên, quartier Hoài Đức, Hà Nội hospitalisés après le déjeuner à l’école. (cf. Baomoi.com, le 14/9/2017) ;

– 109 ouvriers de la société Lạc Thủy, Hòa Bình, en vacances à Sầm Sơn, hospitalisés le 29/9/2017, le lendemain d’un dîner à leur résidence (cf. VOV.VN, 28/9/2017) ;

– 55 personnes hospitalisées et 3 autres décédées lors d’un repas de fiançailles le 1/10/2017 au hameau Lùng Vùi, district Vị Xuyên, province Hà Giang (cf. VOV.VN, 10/10/2017)

– Et dernièrement, au moins 84 élèves des écoles primaires Nguyễn Tất Thành, Lê Hồng Phong et e l’Ecole générale ethnique du district Sa Thầy, Kontum, hospitalisés le 6/11/2017, après avoir mangé du gâteau et bu du lait distribués par des inconnus « charitables » (cf.Thương hiệu và công luận, 7/11/2017).

http://redvn.info/dau-doc-gan-1-000-tre-bang-sua-milo-mien-phi-nestle-co-trach-nhiem-gi.html

Répression accrue au Vietnam avant la réunion de l’APEC (Asia Pacific Economic Cooperation)

La répression continuelle contre les « réactionnaires » (est réactionnaire toute personne qui ose contester la politique du régime) au Vietnam s’est accrue ces derniers temps à l’approche du Sommet de l’APEC (6-11/11/2017).

Son but : empêcher les fortes têtes d’influencer l’opinion et intimider les autres. Sous couvert des articles 79 (peine de 5 à 15 ans pour activité visant à renverser le pouvoir du peuple), 88 (peine de 3 à 12 ans pour propagande contre la république socialiste du Vietnam), et 258 (peine de 6 mois à 7ans pour abus des libertés démocratiques portant atteinte aux intérêts de l’ Etat, au pouvoir et à l’intérêt légaux des organisations et des citoyens) du code pénal, la police peut arrêter n’importe quelle personne suspectée d’être hostile au régime et la soumettre à un interrogatoire musclé au point d’entraîner sa mort, comme fut le cas au mois de mai 2017 de Nguyễn Hữu Tấn, retrouvé décapité après une nuit au commissariat de Vĩnh Long.

Sans sa mort atroce, les démêlés de ce dernier avec la police seraient passés inaperçus comme ceux de nombreux autres citoyens lambdas harcelés et/ou détenus sur simple soupçon politique.

Ne sont connus du public et répertoriés comme victimes de la répression que des militants chevronnés ou ceux dont la famille sait alerter l’opinion médiatique.

Par les réseaux sociaux on apprend ainsi que depuis fin juillet, plusieurs dissidents ont été arrêtés : Lê Đình Lượng à Nghệ An le 26/7 ;  Phạm Văn Trổi (ingénieur) à Hà Nội, Nguyễn Trung Tôn (pasteur) à Thanh Hóa, Trương Minh Đức (journaliste), Nguyễn Bắc Truyển  et Nguyễn Văn Đài (avocats, ce dernier, très célèbre pour sa lutte en faveur des droits de l’homme, venant à peine de purger 7 ans de prison) à Sài Gòn, le 30/7 ; Nguyễn Văn Túc à Thái Bình en septembre ; Nguyễn Viết Dũng à Nghệ An le 27/9 ; Trần Thị Xuân à Hà Tĩnh le 18/10.       https://www.youtube.com/results?search_query=%C4%91%C3%A0n+%C3%A1p+nh%C3%A2n+quy%E1%BB%81n+tr%C6%B0%E1%BB%9Bc+apec

Le 25/10, pour apeurer les jeunes tentés de manifester lors de la semaine de l’APEC, le tribunal provincial de Thái Nguyên a condamné, après trois ans de détention sans jugement, Phan Kim Khánh, 24 ans, étudiant en Affaires internationales à l’université locale, à 6 ans de prison plus 4 ans d’assignation à domicile, coupable d’avoir tenu des blogs contre la corruption et en faveur de la démocratie.

Par ailleurs, la crainte d’un soulèvement possible des mécontents de plus en plus nombreux pousse le régime à préparer depuis l’année dernière un texte de loi aggravant les sanctions contre toute parole dissidente ; cette « loi de sécurité internet », soumise à la discussion de l’Assemblée le 25/10, contient dans son article 10, §2 de quoi enfermer légalement la plupart des internautes qui « publient, rédigent, diffusent des informations… contre la République socialiste du Vietnam ».

Lire article de Việt Dương du 13/10.2017 publié dans Bauxite Việt Nam : https://boxitvn.blogspot.fr/2017/10/ve-nhung-tu-nhan-luong-tam-viet-nam.html  

Bọn thẻ đỏ tim đen tiếm quyền hóa giặc
Bịt miệng người kêu nỗi đau Ải Bắc
Bóp cổ người thét nỗi nhục Hoàng Sa
Sông có nghe nỗi nhục chuyển sơn hà
                                        Bùi Minh Quốc

Ông Nghĩa đã lên tiếng trước khi vào tù với bài thơ:
Tổ quốc tôi như miếng da lừa,
Một lần ước mất đi một góc
Ước phồn vinh: Rừng mất cây, biển mất cá.
Ước vẹn toàn: Mất hải đảo, mất cao nguyên.
Tôi đứng ôn hòa, biểu ngữ chống Bắc Kinh,
Người đến đầu tiên là cảnh sát.
Họ nhìn tôi như nhìn loài chó ghẻ.
Tôi ngã rồi, họ dựng chúng tôi lên,
Những nắm đấm thôi miên vào mặt.
Họ là người Việt Nam như tôi,<
Ở chung với tôi trên mảnh đất cỗi cằn sỏi đá,
Ở chung với tôi mảnh đất ngàn năm vật vã.
Lo sinh nhai, lo giữ chốn sinh tồn.
Tôi nằm lăn ra đất
Nước mắt nuốt vào lòng<
Lịch sử 4 ngàn năm triều đại nào như thế!
                                                  (Hải Phòng 29/4/2008)

Bọn thẻ đỏ tim đen tiếm quyền hóa giặc
Bịt miệng người kêu nỗi đau Ải Bắc
Bóp cổ người thét nỗi nhục Hoàng Sa
Sông có nghe nỗi nhục chuyển sơn hà
                                              Bùi Minh Quốc

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